Interviews croisées

3 regards sur le maraîchage : interview croisée

Questions d’Yves à Virginie

1. Quel bilan tu fais de ta saison, en 4 mots clés et 3 chiffres (pm : « la vie est un tableau excel »!) – explications de texte possibles

Variable, 180, enthousiasme, 12, liberté, passion, 3.

 _ 12 est le nombre minimum d’Amapiens dont je connais le prénom. C’est un chiffre que j’espère voir en hausse, autant pour travailler ma mémoire que parce que j’aurais pu grignoter un bout de temps à papoter avec elles-eux.

Variable, comme le climat cette année, mon moral, et comme certaines récoltes qui n’ont pas eu le résultat que j’escomptais, notamment les oignons (une cata !), les tomates, les pommes de terre, bref, des cultures que j’estime très importantes et des légumes indispensables en cuisine. Variable aussi est la partie commercialisation de ce métier. Se faire connaître est long et difficile, peu glorieux, peu gratifiant jusqu’à présent.

Passion : je « maraîche » par passion et conviction, une passion de jeunesse et une conviction d’adulte.

3, aaaaaaaaaah ! Florent, Yves et moi, ça fait 3. Très bon chiffre. Que du bonheur ! La trinité donne une énergie indéniable… !

Liberté : c’est une des raisons pour lesquelles je me suis embarquée dans l’aventure du grattouillage de terre. Être dehors, sans chef, sans horaire, avec mes propres contraintes.

180 : c’est le poids (en kilo, pas en tonnes !) de ma récolte de pommes de terre, chiffre décevant auquel je ne m’attendais pas du tout.

Enthousiasme (rien que le mot seul me plaît!) parce que j’ai une furieuse envie de recommencer, je sens parfois en ce moment le printemps qui bouillonne dans mes veines, mais c’est juste beaucoup trop tôt ! Vite, une tisane de camomille…

 Tentons un résumé. Je suis devenue maraîchère par passion de la liberté, j’aime prendre les virages à 180° dans ma vie pleine d’enthousiasme parfois variable et les douze travaux d’Hercule au champ ne sont rien quand on les partage à trois. OUF !


2. Qu’est-ce que l’amap a apporté dans ta façon de produire ou de vendre tes légumes ?

 A ce jour, l’AMAP n’a pas changé ma façon de produire, puisque son arrivée dans nos vies de maraîchers s’est faite après la conception et la mise en place des cultures. J’ai cependant augmenté certaines quantités (en salades, carottes, betteraves) en prévision de l’hiver. Cela dit, dans ma projection pour la saison 2013, je prends en compte d’une façon différente le fait de fournir l’AMAP, dans les quantités et dans les espèces de légumes que je cultiverai mais également dans le fait que nous sommes trois et qu’il est logique de penser la culture à trois en ce qui concerne l’AMAP.

 Pour ce qui est de ma façon de vendre mes légumes, la vente à l’AMAP n’est pas classique puisque nous sommes dans une relation d’échanges et pas une relation commerciale pure et simple. A Brive, nous pouvons papoter, raconter nos aventures, avoir des nouvelles des uns ou des autres, expliquer ce que nous faisons. C’est complètement autre chose que la vente sur le marché, qui a aussi ses bons côtés, mais pas systématiquement le côté convivial de l’AMAP…

 3. En 2012, c’est quoi ton légume préféré et pourquoi ?

 La salade et les carottes auront ma préférence cette année parce que jamais je n’en avais cultivées de si belles. Je pensais même (hérésie totale !) ne pas en cultiver du tout du fait de la nature de mon sol (les cailloux, toujours les cailloux) et de la sécheresse fréquente. Au vu du résultat, je suis épatée !

4. Fais nous partager une image ou une idée ou une phrase que tu as gardé en tête d’une journée d’entraide (développer, 3 pages maxi) ?

« Belle, Kiki !1 » résumera l’enthousiasme qui nous gagne lorsque nous travaillons ensemble, même quand c’est pas drôle. 

J’ai aussi une image, celle de nos bons repas partagés dans la bonne humeur, un moment qui nous fait apprécier d’avoir si bien travaillé et de nous arrêter pour cette pause bénie ! Et les franches rigolades de l’après-manger, où nous nous lâchons !

 Comme je le disais plus haut, il se trouve que de notre trio se dégage une énergie positive, qui n’était pas évidente à obtenir au premier abord. Je souhaite ardemment que cela se poursuive.

5. Depuis la création de ta ferme, où te situes-tu entre rêve et réalité ?

Dans mon rêve, je n’avais pas inclus les courbatures et les douleurs, ni les échecs de culture, ni la difficulté de vendre, ni le temps qui passe et les choses qui n’avancent pas assez vite.

A part ces considérations-là, je reste encore dans le rêve et j’ai des projets que je voudrais voir aboutir : mélanger des arbres à mes cultures de légumes, pratiquer la biodynamie et pourquoi pas le reiki dans mon champ, tenter le BRF 2 sur un coin de parcelle, améliorer les rendements, faire un peu de transformation, … mais tout doux, tranquillou. De toute façon, j’ai besoin de rêves et de délires pour donner du relief à ma vie et la mettre en mouvement.

Concernant la réalité, je la trouve jolie puisque je m’adonne à un travail avec la terre et que cette envie était profonde. Je rends hommage à ma grand-mère et à ma mère en étant maraîchère. Je leur sais gré de tout ce qu’elles m’ont transmis inconsciemment. J’apprécie le côté physique et noble de ce travail qui n’est pas un « emploi » mais un véritable choix d’activité.

 Je suis assez bien ancrée dans la réalité après l’avoir fuie un certain temps. En effet, la mise en place de l’activité maraîchère nécessite de l’organisation, de l’anticipation, le sens de l’adaptation, la prise de risque, le courage (ou la folie !) de vivre de peu et l’indispensable lâcher-prise ! Toutes ces qualités n’étaient pas forcément présentes dès le début, et encore maintenant… ? Mais cette réalité m’est d’autant plus agréable qu’elle est partagée avec 2 « camarades de jeu ». Je ne garantis pas que j’aurais la même joie à parler de mon activité maraîchère sans eux. Je les en remercie et je remercie la « providence » !

Questions de Virginie à Yves

1. Quelles ont été tes plus grandes réussites cette année ?

 _ Tout d’abord à égalité (et l’un est lié à l’autre), Redémarrer le maraîchage en début d’année (parce que ce n’était pas gagné ! Trop peur !) et faire le pari de l’entraide avec Virginie et Florent et le vivre à 100%.

 _ Accepter des coups de main sans m’en sentir prisonnier.

 _ Trouver un meilleur équilibre entre le boulot et la vie de famille (mais il y a encore du travail !)

 _ Construire ma petite serre à plants et mon tunnel (les constructions, sans doute parce qu’elles m’engagent sur le long terme, semblent m’être difficiles !)

_ Par rapport à 2011, parvenir à faire les légumes de toute saison et donc assumer le travail complet du maraîcher : préparer le sol, semer/planter, entretenir (arroser, biner/sarcler, traiter), récolter et VENDRE ! Et tout ça en même temps !

J’y reviens, mais ce n’est pas rien, réussir à me sentir plus à l’aise avec la commercialisation et la communication et au moins essayer des choses dans ce domaine !

Plus concrètement, les tomates, les salades, les choux-fleurs et les oignons blancs : la beauté de planches de salades bien binées, les 90kg de tomates dans le garage, les choux-fleurs tout simplement parce que je n’y croyais pas trop, et les oignons blancs parce que je n’y connaissais rien, qu’a priori c’était trop tard et que ma technique de semis était pas trop mal vue !

Certains de mes plants (j’me rappelle des fenouils notamment, jolis comme tout).

 

2. As-tu envie de poursuivre le maraîchage et pourquoi ?

Trop facile la question ! POURQUOI PAS ?!

Plus sérieusement, oui j’en envie de poursuivre. Parce que je me sens dans mon élément quand je suis au jardin, bien dans la complexité des choses à faire, des priorités, des adaptations à trouver, des problèmes à résoudre (bidouiller, bricoler avec les moyens du bord), de l’éthique à préserver (qui pose parfois des contraintes mais donne du sens donc redonne de l’énergie). Planifier les semis, la diversité, rendre cohérents la production et la commercialisation, confectionner les paniers, tout ça c’est assez propre au maraîchage diversifié et à la vente directe. Et puis biner ceci, arroser cela, monter sur le tracteur pour préparer 2 planches, penser à récolter ça pour anticiper sur demain, revenir biner, un peu de pousse-pousse sur les poireaux, allez 5m de désherbage de carottes, faire une pause en pensant à la saison d’après, aux rotations possibles (je fais de l’ail ou pas, je fais des fraises ou pas ?). Bref mille trucs à caler et organiser et faire. Bon c’est mieux quand il fait beau que sous la flotte, quand-même. Donc oui parce que ça me plaît.

3. L’humour en maraîchage : quel est son impact sur la croissance des légumes ?

 Alors l’intermédiaire entre l’humour et le légume (qui n’en est pas complètement dénué je crois, et si ce n’est de l’humour, c’est au moins de la poésie, avec des forme rigolotes tout plein) c’est le maraîcher. L’humour a une vague tendance en faisant travailler les zygomatiques du maraîcher à faire oublier le travail des autres muscles utilisés pour les tâches maraîchères et par cet effet de diversion, permet au maraîcher de travailler plus longtemps (par contre bonjour les courbatures le lendemain !). Bon c’est sûr qu’il ne faut pas aller trop loin parce que des fois, l’humour de l’un empêche les autres de travailler (ils doivent lâcher leur outil pour se tenir les côtes); dans ces cas extrêmes on perd de la productivité. Et l’humour sur soi-même, ses « ratés », ses « ralages », pour ne pas se juger trop durement, ni trop se gonfler les chevilles !

4. Que penses-tu avoir à améliorer pour l’année à venir ?

 Mieux gérer mes arrosages (donc mieux planifier mes cultures pour ne pas arroser des légumes qui n’en ont pas besoin, et arroser moins les autres en préférant le binage)

 Bien caler mes légumes de printemps (commencer tôt).

 Planifier mes vacances pour m’obliger à souffler.

 Ma façon d’envisager la vente de mes légumes et créer un autre débouché local en lien avec une petite augmentation de la production.

Prendre plus la vie avec le sourire, prendre les choses comme ça vient.

Accepter. En premier lieu m’accepter avec mes bons et moins bons côtés, sans juger et suivre mon instinct, mes envies, pour être créatif ! Ne pas vouloir faire DU maraîchage mais faire MON maraîchage !

5. Invente notre défi commun pour 2013.

 Je crois que le défi c’est déjà de faire du maraîchage bio au 21ème siècle ! Donc halte-là pour les défis !

 Par contre inventer, créer, se faire plaisir, cheminer, moi je dis oui pour 2013 !

Dans l’idée AMAP, j’ai envie qu’on puisse proposer du fruit !  Bon la fraise j’en ai parlé, mais aussi melon, pastèque, rhubarbe ! Et Florent et toi, vous vous lancez dans les arbres donc dans quelques années, c’est entrée, plat et dessert! Pour le fromage, les brebis de Florent ont du taf !

 En matière de pratique, c’est vrai que j’ai envie petit à petit de glisser vers la biodynamie, doucement sans trop formaliser mais apprendre à écouter ma sensibilité à ces choses là. Notamment la lune, les préparations à base de plantes, la culture sur buttes.

 En matière d’écosystème, je garde l’idée de planter des plantes de garrigue et des plantes à purins, des plantes mellifères et de mettre ma ruche.

Et une autre innovation serait d’ouvrir le jardin à la visite : les écoles, les clients d’Escougne, les voisins, les amapiens, les maraîchers du Lot et d’ailleurs. Bref accepter le regard des autres et de donner libre cours à mon envie de partage, de pédagogie.

 Ah si ! Notre défi commun pourrait être d’assumer pleinement notre faux GAEC3. Je ne sais pas trop comment. Mais aujourd’hui il est encore un peu caché, un peu privé, comme s’il hésitait. Et peut-être a-t-il raison d’hésiter encore à son jeune âge ! En même temps le garder informel, presque secret est également un défi lancé à l’institutionnalisme à tout va, au formalisme du toujours plus carré, bref rester humain donc souple et fragile à la fois mais inventif ! C’est peut-être pas mal aussi ! Affaire à suivre…

Questions de Florent à Virginie

 

1. Quelles concessions fais-tu au quotidien pour la mise en place et la réussite de ton projet?  

 J’accepte l’idée d’être en permanence la tête plongée dans mes préoccupations maraîchères, sans réelle pause. Mais il faudrait quand même des pauses régulières, c’est plus sain. J’accepte aussi l’idée de ne jamais devenir millionnaire, sans plaisanter, disons que j’accepte l’idée d’un revenu maigre, mais parce que je ne vis pas seule !

J’admets enfin l’idée que je ne peux pas tout faire maintenant, monter la serre, construire un poulailler, fabriquer l’extension de la maison, etc. J’ai dû lâcher prise pour m’enlever une pression infligée par mes soins, et inutile !

2. Comment concilies-tu avec ta vie de famille?  

 Je concilie avec ma vie de famille comme n’importe quelle autre personne. Je ne crois pas que les maraîcher-e-s soient les personnes qui travaillent le plus et qui ont en plus une vie de famille, à moins de choisir volontairement de travailler énormément. Je ne souhaite pas travailler énormément dans mon champ, j’ai aussi le travail de la vie familiale, ce qui cause parfois quelques heurts ! C’est là que je me suis rendue compte de l’importance de ce travail de la vie familiale et que j’étais un peu trop seule à le porter…

 Ce travail de maraîchage remet en cause les rôles de chacun dans le couple. Alors je peux dire que je concilie parfois très mal ! Mais je ne suis pas toute seule dans l’histoire…

3. Visualises-tu tes futures chambre et table d’hôtes?  

 Carrément ! Comme j’avais déjà une chambre et table d’hôtes en Alsace, (seulement ouverte les week-ends puisque j’avais un autre travail en semaine), ce n’est pas quelque chose qui m’inquiète, mais plutôt quelque chose qu’il me tarde de faire à nouveau. Rencontrer des personnes qui viennent d’ailleurs, ça m’éclate complètement ! Et les accueillir, les bichonner, promouvoir la région, le pays, les écouter parler de leur vie et de leurs expériences ou rencontres, c’est fascinant. Nous avons très rarement eu à nous plaindre de nos hôtes. En général, je regrettais souvent quand ils partaient.

 Le seul hic, c’est que c’est aussi un travail très prenant en temps et en énergie… L’accueil des hôtes ne se fait pas en coup de vent, ce serait horrible. Là, il va falloir que je sois claire dans ce que je compte faire ou pas, et que je sache si je peux compter sur ma famille ou pas. Peut-être faudrait-il remettre la table d’hôtes à plus tard ? C’est pourtant le plus chouette…

4. Des arbres au milieu des légumes ne vont ils pas faire trop d’ombre?  

La question est en rapport avec mon souhait de planter 3 bandes d’arbres (fruitiers pour la plupart) dans mon champ de légumes. Ces 3 lignes d’arbres seront espacées de 25 mètres chacune. C’est large ! Et l’orientation est idéale, nord-sud, ce qui fait que toutes les parties du champ seront ensoleillées à leur tour à proximité des arbres.

Je n’ai rien inventé, c’est de l’agroforesterie, un « concept » ancien utilisé à une époque où les équations du second degré ne faisaient pas partie de l’univers des paysans, mais où ces derniers utilisaient un bon sens pratique et une logique instinctive et sensuelle que les équations nous ont fait oublier.

Il s’agit donc dans ce mariage arbres-légumes (qui peut être aussi arbres et vignes, arbres et céréales, etc.) de favoriser une sorte de complémentarité à différents niveaux. Les arbres, quand ils seront un peu grands surtout, maintiendront une évaporation de l’eau moindre par rapport à un champ classique, ils créeront des micro-climats et un champ protégé du vent dans une certaine mesure, ils favoriseront la biodiversité de la faune, par l’attrait d’insectes pollinisateurs, parasites et auxiliaires et des oiseaux, éviteront que les éléments nutritifs du sol ne soient lessivés, amélioreront les conditions de production de certains légumes qui n’aiment pas trop le grand soleil (salades par exemple) et permettront également d’avoir des fruits dans quelques années ! Autre atout d’ordre esthétique, c’est que les arbres vont donner une structure en relief à mon champ, ce qui me manque aujourd’hui.

5. Des regrets ?

Je cherche, je cherche… Que pourrais-je regretter ? Des erreurs ? Même pas, elles me permettent d’apprendre. De ne pas avoir entamer plus tôt ma carrière paysanne ? Non plus, elle est le résultat d’un cheminement. Donc, pas de regret notable.

Questions de Virginie à Florent

 

1. Qualifie ton travail de maraîcher de cette année en 5 mots et explique brièvement ton choix.

Dur : physiquement

Varié : 25 activités par jour, c est quand même pas mal!!!

Valorisant : quand j’explique ma démarche et mon activité notamment sur les marchés

Prenant : car je suis le seul responsable de ma réussite (ou échec s’il y a!!) donc le nombre d heure de travail est conséquent.

Funky-festif : travail en musique, changement de programme en dernière minute, entraide

2. Qu’as-tu découvert cette année que tu ne savais pas auparavant ?

Que l’on pouvait s’entraider comme nous le faisons !!… sortez les mouchoirs… séquence émotion !!

3. Qu’est-ce qui t’a fait ressentir le plus de joie dans ton travail cette année ?

La journée d’entraide, une bonne distribution le jour de l’AMAP, un bon marché avec en prime papotages avec toutes ces personnes sur l’explication et la présentation de mes idées et de ma démarche. Quand les copains passent aider, la présence d enfants… la soirée Amapiens à la maison.

4. Ton karma élevé de personne nourrissant le monde s’est-il allégé cette année ?

Non, pas vraiment : je suis un peu toujours à fond….ou presque et j’ai bien envie de continuer car je suis presque sûr d’apporter de bonnes choses aux gens !! dialogues, sourires, légumes y otras cosas…  

5. Invente notre défi commun pour 2013

Faire + de légumes…pour arriver à être + cool… mais je ne sais pas si les 2 sont compatibles !!

Questions de Florent à Yves

 

 1.Crois-tu aux supers héros?

En ce moment avec mes 2 pitiouts je suis bien obligé de croire à superman, batman et leur clique ! Et j’avoue que quelque part en moi, quand je me suis lancé dans le maraîchage bio, j’ai cru que ça me confèrerait le statut de super héros de la planète (que j’allais nourrir et sauver du désastre agrochimique). Bon en fait il n’en est rien, je rassure tout le monde (ou pas !). Je n’arrive toujours pas à marcher au plafond !

 Mais (car n’est-ce pas ta question ?!) ne suis-je pas devenu le héros de ma propre vie (ou autrement dit « Didn’t i becomed the hero of my own life ? »). Et là je dis qu’il y a une petite vérité ! Décider de changer de métier, pour aller vers quelque chose de plus difficile physiquement, où l’on travaille plus de temps, où on est sûr d’avoir moins de retraite et où l’on gagne moins bien sa vie, soit on est un peu toqué, soit on écoute sa petite voix intérieure et on décide sans doute d’aller vers des choses plus essentielles, vers soi-même.

Le rêve c’est le super-héros, la réalité c’est l’homme ordinaire. Le héros ordinaire, c’est peut-être après ça que je cours … Euh ressers-moi un p’tit verre de Bergerac Bio !

2. Ton activité est-elle un long fleuve tranquille?

 Euh non. Pour l’instant c’est trop jeune pour pour que ce soit un long fleuve (rendez-vous dans 10 ans sur la place……….. »Patrick !!!!! »). Plutôt une rivière torrentueuse (en début d’année 2012, grosse cascade !) sur laquelle j’apprends à ramer. Mais ce n’est pas l’activité en soi qui pose soucis, c’est juste qu’elle bouleverse les équilibres établis (famille, connaissance de soi, finances, prise de risques…) car elle est très consommatrice de temps et oblige à l’engagement. De plus la multiplicité des tâches à faire, de façon organisée/coordonnée (que ce soit pour la production, le bureau, la commercialisation) fait que j’ai toujours la tête dedans. C’est une activité « envahissante ». Il faut avoir un peu la passion pour se laisser envahir (je parle pour moi mais aussi pour ma famille !).

 Et puis en soit l’activité est assez complexe, toujours perfectible (on rate des trucs, on essaie des choses, on expérimente), avec des résultats pas facilement prévisibles (combien de kilos de carottes dans 2 mois ? Quand est-ce que ma planche 4 de salades sera prête ?). Donc il faut apprendre à naviguer à vue, improviser, s’adapter, surfer sur la vague pour ne pas perdre l’équilibre et continuer de se faire plaisir !

 Pour tout dire, fin 2011, je disais que j’avais la sensation de m’être embarqué pour la Transatlantique en solitaire après 2 petits cours de voile ! On est loin du fleuve !!! Mais bon aujourd’hui j’ai l’impression que je suis plutôt sur un multicoque avec trois voiles, trois gouvernails ! C’est encore très mouvant, mais la route du Rhum avec escale tous les lundis, c’est bon Kiki !

3. Et alors, cette serre c’est pour quand ?

 Traîtresse question ! Ah, la fameuse serre ! Je la visualise bien cette serre et ses copines aussi ! Mais outre les problèmes techniques non encore résolus par rapport à l’irrigation, la pression reste encore trop forte. Il y a ce que je pense (avec ma tête) qu’il faudrait faire, et la serre a sa place, et il y a ce que je ressens avec mes tripes et pour l’instant, la serre c’est trop vite, trop de nouveautés, trop de chantiers, de dépenses. Comme si ce n’était pas encore à la portée de ma confiance. Cela viendra avec le temps je n’en doute pas mais là je ne le sens pas.

4. Pourquoi pas moins de plastique?

 Dans mon projet rêvé, il y a moins de plastique, il y a de la traction animale, beaucoup de préparation de plantes. Dans ma réalité, il y a la volonté de ne pas se faire trop débordé par le travail et l’herbe c’est vraiment très consommateur de temps. Pour les P17 et filets anti-insectes, c’est pour ne pas voir se dégrader une culture à peu près réussie par un froid trop vif, une génération d’insectes pas prévue comme en 2011 pour mes carottes et et mes poireaux. Le compromis c’est d’aller vers du matériel costaud donc réutilisable pour éviter d’en acheter trop et surtout d’en laisser dans le jardin. Après dans les alternatives au plastique (autres matériaux), à efficacité plus ou moins égale, les prix d’achat sont assez exorbitants, donc comme l’objectif c’est de gagner sa vie, on limite les charges comme on peut !

5. Maraîcher « ad vitam eternam »?

 Non, pas sûr ! En tout cas pas de pression de ce type. Je vais le faire année après année et on verra bien. Si je parviens à me payer un salaire avec un peu de vacances et un temps de travail pas trop délirant, si le corps ne dit pas stop, tant qu’il y aura de l’envie, je continuerai. Cela dépendra aussi de comment tout ça s’est équilibré avec la vie de famille. C’est un tout.

Questions de Yves à Florent

 

1. Par rapport à l’amap et tes appréhensions de départ, quel bilan fais-tu après 4 mois de fonctionnement ? Une anecdote lors d’une distribution ?

 Le bilan est positif : rentrées d’argent, débouché assuré et créations de nouveaux « liens » et contacts. Deux fois j ai été un peu « sec » avec deux Amapiennes. D’un naturel assez spontané et là, sur un coup de fatigue, j’ai répondu assez séchement à des questions du genre « et pourquoi il n’y a pas ça », « et la semaine prochaine y-aura-t-il cela? » Pour moi faire un panier varié est assez complexe et des fois, faute de quantité, on ne peut mieux faire.  

 2. En 2012, quel a été ton légume préféré et pourquoi ?  

 La carotte car je déteste la désherber mais la carotte du Lot elle dépote!!….et franchement elles sont trop belles mes carottes en 2012 !!

3. Au jardin, qu’est-ce que tu as essayé cette saison que tu n’avais pas prévu ?

 Chez moi tout est prévu, carré, organisé, je ne laisse pas de place au hasard… même les choux chinois dans les carottes, c’est voulu. Tout est calculé !! Je suis un peu un visionnaire du maraîchage… presque comme un ingénieur mais avec un salaire (ou pas !!) de Paysan !!… et surtout un peu « malade » !!…(humour bien sûr !!). L’oignon n’était pas prévu dans mon jardin, mais sous la pression de vous deux, j’ai craqué et j’ai dit Banco !!! Le résultat c’est que je suis passé dessus avec la herse… Bravo !! Y a peut être pas de hasard !… et puis franchement l’oignon, c’est tellement bon !!

4. Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à quelqu’un(e) qui se lance dans le maraîchage en bio ?  

 De s’accrocher, persévérer et de travailler ses réseaux de distribution avant.

5. Pour 2013 tu as envie de quoi ?

 Produire + pour pouvoir dire : JE VIS DE MON METIER. Des vacances… mais pas trop quand même… (il ne faut abuser non plus!!). Un jardin propre.  

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1Expression « florentine » désignant une admiration envers un légume ou une action.

2BRF : bois raméal fragmenté

3GAEC : groupement d’agriculteurs en commun

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